Fonds de plans de relance : d’où viennent-ils ?

[fa icon="calendar"] publié le 24 avr. 2020 19:01:01, écrit par Quentin Martel

On voit fleurir différents plans de relance au travers des pays touchés durement par le COVID-19. Ils se traduisent majoritairement par le déblocage de fonds d’urgence pour venir en aide aux personnes particulières et morales en difficulté.

Mais d’où provient cet argent ?

 

💰La provenance des fonds 


L’Etat dispose de 3 leviers pour se financer, qui sont : 

  • coupe des dépenses budgétaires 
  • augmentation des impôts 
  • endettement auprès de créanciers 

Lors de son élection, en 2017, Emmanuel Macron s’était fixé comme objectif de réduire la dette française en réduisant certaines dépenses publiques, sans toutefois toucher aux impôts. Pour autant, dans ce contexte de pandémie, il n’a eu d’autre choix que de creuser cette dette. Son Ministre des Finances, Bruno Le Maire, assume pleinement cette stratégie “L’addition, ce n’est pas le sujet. A un moment donné, il sera bien temps de faire les comptes, mais aujourd’hui, la mobilisation est totale pour sauver notre appareil de production, et garantir qu’il y ait le moins de faillites possible dans notre pays”.

Pour financer le plan de relance, l’Etat va devoir emprunter 90 milliards d’euros de plus que ce qui était prévu. Pour cela, il va faire appel à l’Agence France Trésor : cet organisme emprunte pour le compte de l’Etat français, chaque semaine auprès de banques. En contrepartie, il obtient des “bons du Trésor” qui engagent la France à rembourser à plus ou moins long terme. 

  

⚠️ Cet endettement est il dangereux ? 


La dette française cumulée devrait atteindre 115% du PIB en 2020 (Source : INSEE). Quant au déficit public français, celui-ci devrait approcher 9% du PIB cette année. La France n’avait jamais atteint de tels seuils depuis la Seconde Guerre mondiale, y compris pendant la crise bancaire et financière de 2008 ! 

Normalement, les Etats européens ont pour interdiction de dépasser 3% de déficit et 60% de dette. Cependant, au vu de l’urgence actuelle, cette règle a été suspendue. Pour autant, les Etats craignent de perdre la confiance accordée par leurs créanciers, en dépassant ces seuils. 

🐓 Fort heureusement, la France reste un pays qualifié de “sûr” par les investisseurs. Gérald Darmanin s’en est même félicité “C’est une reconnaissance de la signature française, du fait que nos finances publiques sont solides”. 

Pour mieux comprendre comment la France conserve cette confiance des marchés, on peut comparer ses actions avec celles des Etats-Unis et de l’Allemagne. Quand les Etats-Unis vont porter la dette publique à 107% du PIB, la chancelière allemande a, elle, décidé de relancer la dette bien qu’en excédent budgétaire depuis huit ans.  Dans ce contexte, les investisseurs ne peuvent être effrayés par la hausse du budget français, bien moindre en comparaison.

 

🕵️ Qui paiera cette hausse du budget ?

 

François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a évoqué la possibilité de suspendre une partie du remboursement des emprunts : “Les précédents dans l’Histoire peuvent aussi conduire à cantonner la dette liée au coronavirus, pour ne la rembourser que dans plus longtemps”. 

En parallèle, le gouvernement a exclu l’hypothèse de la hausse des impôts car il compte fermement sur la reprise économique. Si, en dépit des efforts mis en place par l’Etat français, la reprise économique n’intervient pas comme espérée, il faudra développer d’autres plans d’actions, comme le suggère le gouverneur de la Banque de France :  “Nous devrons également (…) traiter ce qui était déjà notre problème avant la crise : pour le même modèle social que nos voisins, nous dépensons beaucoup plus. Donc il faudra viser une gestion plus efficace.”

 

❓ Pourquoi ne pas faire marcher davantage la planche à billets ?

 

La Banque centrale européenne gère, depuis la création de la zone euro, le stock d’euros en circulation. Ainsi, elle peut indirectement prêter de l’argent aux Etats (les règles européennes lui interdisant de prêter directement). Le budget prévisionnel de prêt pour 2020 était fixé à 1 110 milliards d’euros, mais ce chiffre a été multiplié par 5 en raison de la crise du coronavirus. 

Alors, pourquoi ne pas continuer à produire de l’argent pour financer les dettes existantes, les investissements dans la santé, ou l’environnement ? Concrètement, si trop d’euros sont mis en circulation, l’Euro perdra de sa valeur. Les prix pourraient alors s’envoler et les placements chuteraient à vitesse grand V. A titre d’exemple, c’est ce qu’avait vécu les Allemands durant l’entre-deux-guerres. 

💸 Une annulation de la dette serait-elle possible ? 

En réaction à l’appel d’Emmanuel Macron pour annuler les dettes africaines, plusieurs économistes ont appuyé l’idée d’une annulation de dette étatique. 

Cependant, 3 problèmes se posent : 

  • La Banque de France détient 20% de la dette. Or, si la France décidait de ne pas la rembourser, elle y serait quand même contrainte, étant son seul actionnaire. 
  • Les banques et compagnies d’assurance françaises détiennent 25% de la dette, ce qui, en cas de non-remboursement, entraînerait un risque de faillite aux conséquences énormes tant pour les épargnants que pour l’économie. 
  • Le reste de la dette est détenue par des Etats, banques et investisseurs étrangers, qui sont pour la plupart européens. Si la France décidait de ne plus rembourser, on plongerait d’autres pays européens dans une crise par effet domino. 
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Enfin d’autres solutions ont cependant vu le jour : 

  • Création de dette perpétuelle. Le principe est le suivant : la BCE rachète autant qu’elle peut les dettes des Etats européens (à l’aide de la planche à billets), allonge la durée et baisse le taux des emprunts. 
  • “L’hélicoptère monétaire” (formule de l’économiste Milton Friedman) qui autorise la BCE à verser directement de l’argent aux Etats et aux citoyens. 

Cette crise est sûrement le meilleur moment pour inventer ou réinventer le fonctionnement de l’économie européenne, sans avoir à se soucier des règles établies auparavant. Par ailleurs, l'État français croit fermement à une reprise économique dès la fin du confinement. Reste à savoir quelles leçons nous saurons tirer de cette crise !


Source : lemonde.fr ; ouest-france.fr

Catégories: Economie, financement

Quentin Martel

écrit par Quentin Martel